Éléonore Datchy


Adélaïde Datchy Sosa 27 est née le 3 janvier 1868 à Castres, dans l’Aisne. Ses parents, Jules Virgile Datchy Sosa 54 et Eugénie Unique Sosa 55, ont eu 7 filles et 3 garçons, 4 filles et un garçon sont parvenus à l’âge adulte.

Plus tard, elle se fera souvent appeler Éléonore. C’est un prénom qu’elle donne à sa première fille et également à la dernière (Julienne Éléonore). Elle se fait aussi appeler Atanaïsme dans les actes officiels. Ce prénom, sa mère, Eugénie, se l’était donné avant elle et a appelé ainsi une sœur d’Adélaïde, morte à l’âge de 4 ans (Atanaïsme Eugénie), en aout 1869 (Adélaïde a alors 18 mois). Elle n’est finalement appelée Adélaïde que sur son acte de naissance. Ce sera donc Éléonore Datchy.

Avant Joseph Delval Sosa 26 et leurs 11 enfants, Éléonore Datchy a eu, à l’âge de 18 ans, un premier fils, mort-né, de père inconnu. C’était le 24 novembre 1886, à Giffécourt, une dépendance de Castres. Trois ans plus tard, à la naissance d’Éléonore, reconnue plus tard par Joseph Delval, elle est manouvrière à Seraucourt-le-Grand. Une manouvrière est une ouvrière (agricole) qui travaille de ses mains et à la journée. Ceci explique leurs multiples déménagements pour suivre le travail et, on suppose, une vie qui n’est pas simple.

Six ans après leur divorce, en 1908, elle fait parler d’elle dans le journal :

OMISSY MAUVAIS TRAITEMENTS A ENFANT – VOL. Georges Dupont dont on ne connaît ni le nom exact, ni l’état-civil, vivait maritalement à Omissy avec une femme plus âgée que lui, Éléonore Datchy, épouse divorcée Delval, mère de plusieurs enfants.
Dupont est poursuivi pour deux délits de nature bien différente : mauvais traitements envers les enfants de sa maîtresse et vol d’une bicyclette à M. Vilain, Rocourt.
Le jeune Ernest Cuvillier*, manouvrier à Omissy, dépose qu’il a été témoin des violences de Dupont qui « tapait sur les enfants ». C’est même lui qui a signalé leur malheureuse condition. Les enfants Delval, Jules**, 13 ans, et Mélanie***, 14 ans, accusent Dupont de leur avoir porté chacun un coup.
Mais, Mme Datchy, d’abord impliquée dans la poursuite, est citée comme témoin : elle déclare non seulement n’avoir jamais frappé mais aussi n’avoir jamais vu son concubin taper sur les enfants. Sa déposition paraît peu sincère et n’impressionne pas le tribunal.
M. Paul Leneutre témoigne sur l’autre délit. Il a passé l’inculpé sur son bateau à Rocourt avec la bicyclette qu’il sut plus tard avoir été volée à M. Villain.
Enfin, M. Poizot, adjoint, qui a reçu la plainte, donne de mauvais renseignements sur le nommé Dupont qui porte peut-être un tout autre nom.
L’inculpé est en fuite.
Le tribunal le condamne à 4 mois de prison par défaut.

Journal de la ville de Saint-Quentin et de l’arrondissement, édition du 11 janvier 1914

* Ernest Cuvilliez, mari depuis 2 ans d’Éléonore Delval
** Charles Delval est né en 1901
*** Anna Delval est née en 1899

En 1915, la fille ainée d’Éléonore Datchy, Éléonore Delval, a 25 ans. Elle est mariée avec Ernest Cuvilliez et ils ont trois enfants, âgés de 2 à 5 ans. Les fils d’Éléonore Datchy, Georges, 24 ans, et Lucien, 21 ans, et son beau-fils, Ernest, sont mobilisés. Une autre fille, Josèphe Delval Sosa 13, a 18 ans et elle attend un enfant qui naîtra en aout, à Omissy.

Omissy est derrière la ligne de front (de fin aout 1914 à octobre 1918). Éléonore Datchy est partie avec ses quatre plus jeunes enfants : Anna, Charles (appelés Mélanie et Jules d’après l’article de journal de 1914), Georgette et Julienne. Le 15 mars 1915, ils sont rapatriés vers le sud de la France.

Daci, Léonore, 46 a, Perrici, 15.3, Avignon
Delval, Mélanie, 16 a, Omici, Aisne, 15.3, Avignon
Delval, Jules, f. Daci, 14 a, Omici, Aisne, 15.3, Avignon
Delval, Georgette, f. Daci, 11 a, Omici, Aisne, 15.3, Avignon
Delval, Lucienne, f. Daci, 9 a, Omici, Aisne, 15.3, Avignon

Liste de rapatriés civils français rentrés en France par Genève du 6 au 18 mars 1915

Les transcriptions sont faites à partir de notes manuscrites. On peut y voir des erreurs de graphie (Perrici, dans lequel on reconnaît Omici) et d’accent. Lucienne est peut-être un prénom utilisé pour Julienne ou une erreur de transcription.

La recherche des disparus – Croix-rouge française – informe les familles le 9 mai 1915 : OMISSY Delval, Athanaïs, et enfants, à Avignon (Vaucluse).

Dans ces listes, une Georgette Delval de 26 ans est rapatriée le 11 mars avec ses deux fils Louis et Georges vers Montpellier, une autre Clémence Delval, 28 ans, et son fils Serge, le 15 mars vers Nîmes. Le hasard des trains de réfugiés entraîne Éléonore et ses enfants vers Avignon, vers le Vaucluse.

On y trouve également une autre Éléonore Datchy, évacuée de St Quentin à St Côme et Maruéjols dans le Gard avec ses enfants (Hélène, Georges, Lucienne). Il s’agit d’Éléonore Beaurain, épouse de Lucien Stanislas Alexandre Datchy, neveu de Jules Virgile Sosa 54.

A partir de fin 1916, les allemands commencent à construire des lignes de fortification. Deux d’entre elles passent de part et d’autre d’Omissy. En février 1917, toute la population est évacuée. Difficile de savoir si Éléonore Cuvilliez et Josèphe Delval se trouvent parmi les déplacés, et si oui, dans quelle direction, le Nord ou la Somme. Josèphe est dans le Vaucluse en 1920, Éléonore y emménage en 1927.

Georges et Lucien ont été démobilisés à la fin de l’été 1919 et résident à Robion dans le Vaucluse. Georges repart à Omissy de 1920 à 1926. Georgette et Anna se marient dans l’Aisne, en 1923. Mais, petit à petit, avant la fin des années 20, tous les enfants d’Éléonore Datchy ont rejoint définitivement le Vaucluse.

Elle y est décédée, à Robion, le 24 janvier 1935, à l’âge de 67 ans.


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