Ce que l’on peut découvrir sur un couple en faisant un tour d’horizon d’archives
Mathieu et Marie-Rose ont vécu entre le milieu du XIXe siècle et la première moitié du XXe. Ce qui fait d’eux les petits-enfants de personnes nées pendant la Révolution Française et les parents de deux fils mobilisés pendant la Première Guerre Mondiale. Ils ont également vécu à une période où des recensements systématiques étaient réalisés tous les cinq ans, ce qui permet de suivre leur vie. Ils sont originaires de deux villages du sud du Vaucluse : Robion et Cheval-Blanc.
Leur vie est reconstituée à travers différents types d’archives que l’on peut trouver en ligne.
Liens vers les archives en ligne correspondantes en-bas de l’article.
L’histoire
Le canal du Cabedan-neuf
Les parents de Marie-Rose habitaient aux Taillades, commune qui se situe entre Robion, Cheval-Blanc et Cavaillon. C’est donc dans ce village, presque 500 habitants à cette époque, que Mathieu et Marie-Rose se sont mariés en avril 1879. La famille Blanc habitait dans le quartier de Cabédan, limitrophe de Cavaillon, en lien avec un canal d’irrigation – Cabedan-neuf – qui tire ses eaux de la Durance. C’est un quartier d’agriculture, bien que l’irrigation par la Durance était encore capricieuse. Le père de Marie-Rose, Barthélémy, est cultivateur et, à Robion, Mathieu et son père, Xavier, sont également cultivateurs.
La loi Cissey
Cette époque est également celle qui suit la capitulation de la France après la guerre contre la Prusse et la loi sur le service militaire de 1872. La loi Cissey vient de rétablir le service militaire universel avec tirage au sort (de un à cinq ans de service) quand Mathieu atteint ses vingt ans en 1873. Il est incorporé de janvier 1875 à son congé en aout 1878. Il est encore dans la réserve de l’armée active et effectue une période d’instruction entre aout et septembre 1880 qui se termine 9 jours avant la naissance de leur premier enfant, Pierre.
Comme pour cette première guerre, terminée avant son service militaire, deux autres guerres ponctuent la vie de Mathieu sans qu’il y participe. De 1914 à 1918, c’est le tour de ses deux fils d’aller au front. Pierre est fait prisonnier quelque mois en 1918 en Belgique, puis en Allemagne. Le cadet est blessé par balle au bras. Enfin, Mathieu décède le 4 juin 1940, dix-huit jour avant l’armistice et la création de la zone libre.
De cultivateur à boucher
Mathieu a exercé trois professions. Il est d’abord cultivateur, comme son père. En 1886, il est devenu berger. Le couple habite à Robion, avec le père de Mathieu. Quelques années plus tard, ils sont bouchers.
Petits-enfants
Mathieu et Marie-Rose ont eu deux enfants, Pierre et Mathieu, né en 1886.
Ils ont vu naître un premier petit-fils, Marius, en 1903. Celui-ci précipite le mariage de leur fils cadet qui a 17 ans avec Marie-Thérèse Chanu, 16 ans.
Une petite-fille, Louise Mathilde, fille de Pierre et de son épouse, Rosa Fabre, nait et meurt en 1906, âgée de 16 jours à peine. Puis, Marius décède à l’âge de 4 ans, en 1908, un an avant la naissance de son petit frère, Marcel.
Mathieu, devenu veuf de Marie-Rose début 1926, part vivre avec Pierre et Rosa qui n’ont plus eu d’enfant après Louise. Entre temps, le ménage du jeune Mathieu a accueilli deux autres enfants après Marcel, Raoul, en 1914 et Mireille, en 1923. Marie-Rose Blanc n’a pas connu la plus jeune de leur fille qui nait en 1932 et porte le prénom de sa défunte grand-mère.
Huit ans plus tard, Mathieu décède à l’âge avancé de 87 ans.
Plus de détails sur chaque archive
Mariage – état civil
Le mercredi 23 avril 1879, à 11 heures du matin, devant Charles Poncet, maire et officier de l’État Civil des Taillades, Mathieu Montauban Sosa 28, âgé de 25 ans, épouse Marie-Rose Magdeleine Blanc Sosa 29, âgée de 18 ans. Il est cultivateur comme son père et habite à Robion (Vaucluse) où il est né. Marie-Rose est née à Cheval-Blanc. Le mariage se déroule dans la commune où elle réside avec ses parents, également cultivateurs.
Les témoins sont Maurice Clémence, âgé de 47 ans, instituteur; Georges Peillon, 38 ans, propriétaire rentier; Frédéric Sadaillan, 30 ans, garde-champêtre et Honorat André, 36 ans, cultivateur. L’instituteur et le garde-champêtre témoignent des deux mariages suivants dans le registre. Ils étaient des témoins privilégiés de l’état civil, car ils savaient lire et signer. André est le beau-frère de Marie-Rose, mari de sa sœur ainée Anne Blanc.
Registres militaires
Pour pouvoir se marier, Mathieu présente un certificat d’envoi dans la réserve de l’armée active. Parti le 6 janvier 1875 dans le 105ème Régiment d’Infanterie stationné à Avignon, il est mis en congés après plus de trois ans et demi de service, le 17 aout 1878, dans l’attente de passer dans la réserve à la date officielle du 1er juillet 1879. La loi Cissey vient de rétablir en 1872 le service militaire universel dont la durée est fixée par tirage au sort entre un et cinq ans.
L’acte de mariage indique que Mathieu est cultivateur comme son père et il est inscrit au registre militaire avec un niveau d’instruction de 0. A-t-il appris à signer à l’armée ?

Il est également en exercice, du 21 aout au 16 septembre 1880, dans le 151ème Régiment d’Infanterie, alors que Marie-Rose attend leur premier enfant. Pierre Montauban nait le 25 septembre 1880 à Cavaillon, quartier Puits de Gavottes, à peine neuf jours après le retour de son père. Un an plus tard, la petite famille est recensée à Cavaillon, à Cabedan Vieux qui se situe à la limite entre Cavaillon et les Taillades.
Recensements
En 1886, ils ont déménagé à Robion, rue de la Caoune, au côté de Xavier Montauban Sosa 56, le père de Mathieu, veuf depuis trois ans. C’est à Robion que Mathieu et Marie-Rose vont habiter dorénavant. Mathieu y habitera plus d’un demi siècle jusqu’à l’âge avancé de 87 ans.
Mathieu Montauban a vécu trois guerres. Si la première, qui se déroulait loin dans le Nord de la France, était terminée quand il est parti soldat, la suivante sera celle de la génération de ses enfants.
Quand le deuxième enfant de la famille nait (un jeune Mathieu Sosa 14), le 21 novembre 1886 – 6 place de la Caoune, maison louée à Félicien Bouscarle – Mathieu est devenu berger. Il l’est encore en 1891, recensé Quartier des Aires et en 1896, Quartier des Faubourgs. Pierre, son fils ainé, âgé de 15 ans en 1896, suit les traces de son père et devient berger également.
Arrêté préfectoral (1)
Mathieu et Marie-Rose n’ont eu que deux enfants, leur deux fils Pierre et Mathieu, nés à six ans d’intervalles. Au tournant du siècle, le couple est devenu bouchers. Leur plus jeune fils, qui a atteint ses 15 ans en 1901, est également boucher. Pierre quant à lui est devenu cultivateur mais habite toujours chez ses parents. Mathieu « le jeune » continuera un temps dans la voie de la boucherie en obtenant par arrêté préfectoral du 26 février 1910 l’autorisation d’établir une tuerie d’animaux, quartier Sainte Anne, où il réside, devenu père de famille dès octobre 1903, juste avant ses 17 ans.
Cartes de Robion

En 1906, Mathieu et Marie-Rose habitent rue du Faubourg, actuelle rue Oscar Roulet. Il y a, sur la carte, la maison où mes grands-parents habitaient jusqu’au début du 21ème siècle, rue Daniel Bertrand. Bien que dans chaque recensement, l’adresse paraît différente, elle tourne toujours autour de cette maison. Le couple est voisin de leur fils ainé Pierre qui a épousé Rosa Fabre en 1905. Pierre et Rosa, après avoir perdu leur fille, Louise Mathilde, âgée de 16 jours, en mars 1906, n’ont plus eu d’enfants.
En 1911, Mathieu et Marie-Rose habitent encore rue du Faubourg à côté de Pierre et Rosa. Mathieu « le jeune » est boucher, rue Sainte Anne.
La Grande Guerre – registres militaires des fils
En aout 1914, c’est la mobilisation. Les deux frères, Pierre et Mathieu, partent pour la Grande Guerre. Le 31 mai 1918, Pierre disparaît. Il sera libéré le 25 novembre 1918. Il a été prisonnier en Belgique, puis en Allemagne. Mathieu est blessé par balle à l’avant-bras gauche en 1916. Il ne pourra plus faire d’effort avec son poignet. Réformé le 16 février 1920 avec une pension de 15%, celle-ci est portée à 25% le 17 novembre 1933 pour aggravation. Maintenu en service auxiliaire et de retour à Robion, démobilisé le 22 mars 1919, il ne sera plus boucher.
Après l’armistice, Pierre est démobilisé le 8 mars 1919. Il rejoint Rosa et ses parents, Mathieu et Marie-Rose, au quartier des Faubourgs (premier recensement après la guerre en 1921).
Actes d’état civil
Après le décès de Marie-Rose Blanc, le 17 janvier 1926, Mathieu habite avec son fils ainé, rue Daniel Bertrand, sauf en 1931 où il est chez Mathieu « le jeune », rue Pierre Casteau. La naissance de la petite dernière, Marie-Rose Sosa 7 , en 1932 occupe peut-être un peu plus de place et de temps pour sa mère, Marie-Thérèse Chanu Sosa 15. Mathieu repart (à quelques centaines de mètres) chez Pierre et Rosa, rue Oscar Roulet.
Tables des Successions et des Absences
En 1939 éclate de nouveau une guerre, la troisième depuis la naissance de Mathieu, il a alors 86 ans et c’est l’année suivante, le 4 juin 1940, qu’il décède. D’après une ultime archive, celle des Tables de Successions et Absences, il ne possède « aucun actif ».
(1) Robion (Vaucluse), monographie, André Dumoulin, thèse 1976.
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